QU’EST-CE QUE LA DÉPENDANCE AFFECTIVE ?

C’est vivre des relations amoureuses douloureuses, chaotiques. C’est avoir des réactions excessives. C’est voir les choses tout en noir ou tout en blanc et ne pas connaître le juste milieu. C’est remettre en question toute la relation sur un mot, une phrase. C’est croire que l’autre va pouvoir combler notre vide intérieur parce qu’étant enfant nous avons manqué de l’amour, de la tendresse, de la reconnaissance, de la valorisation dont nous avions besoin. C’est manquer de sécurité personnelle. C’est avoir une mauvaise et faible image de soi. C’est manquer de confiance en soi et avoir un complexe d’infériorité. C’est croire en la honte de n’être que ce qu’on est. C’est se croire indigne de mériter mieux. C’est se satisfaire de miettes. C’est accepter ce que l’on ne devrait pas. C’est être prêt à mendier un peu de tendresse, de reconnaissance, d’attention, d’amour. C’est être dépendant de l’autre pour ne pas être rejeté et abandonné, et malgré tout provoquer ces réactions. C’est ne pas se connaître, ne pas s’aimer, ne pas se respecter, ne pas s’apprécier. C’est vivre à côté de soi en refusant de se regarder droit dans les yeux. (Essayez de faire se regarder dans un miroir une personne dépendance affectivement et demandez-lui de se dire « Je t’aime et je t’accepte tel que tu es ». C’est pratiquement impossible !). C’est, inconsciemment, contrôler les autres, parler pour les autres. C’est en vouloir aux autres de n’être pas ce que l’on voudrait qu’ils soient. C’est être perpétuellement en attente par rapport à l’autre. C’est croire que les autres sont plus importants que NOUS
Pierre Dassigny

Vient-on au monde avec une dépendance affective ?

L’amour ! Un sentiment qui nous amène à faire bien des courbettes. Non seulement par amour pour l’autre, mais aussi – et très souvent ! – pour se sentir aimé. On se demande parfois s’il est « normal » d’éprouver un si grand besoin d’être apprécié et reconnu, surtout par ceux qui ont de l’importance à nos yeux. Cette question en amène une autre : vient-on au monde avec une dépendance affective ?

Dès la naissance

À la naissance, le bébé est entièrement dépendant de ses parents ou de ceux qui en ont la charge. Mais être nourri et recevoir les soins nécessaires à son bien-être ne suffit pas. Pour s’épanouir, l’enfant doit sentir qu’il existe dans le regard de ses parents et cela ne se fera que s’il est touché et caressé. C’est en effet un besoin vital. L’enfant qui reçoit cette affection parentale s’attache aux personnes qui lui prodiguent ces soins. Cela forme la base de son développement relationnel et affectif. Un nourrisson négligé, privé d’attention bienveillante, tombe en état de détresse et peut même ne pas y survivre.

On a tous besoin d’être aimé ! Et ce besoin demeure une fois adulte.

Un conditionnement plutôt qu’une fatalité

Il arrive bien souvent que les parents ne soient pas en mesure de combler les besoins d’affection et d’attention essentiels de l’enfant, généralement à cause des carences et problèmes dont ils souffrent eux-mêmes. Cet enfant devient alors un adulte qui croit que son besoin d’affection dépend des autres.

Nous arrivons tous à l’âge adulte avec des manques d’affection. De façon tout à fait naturelle, nous sommes en quelque sorte conditionnés à la rechercher auprès de nos proches, et particulièrement nos partenaires amoureux. Nous voulons qu’ils nous donnent ce que l’on n’a pas reçu étant enfant.

L’intensité avec laquelle certaines personnes vivent cette recherche d’affection et les troubles comportementaux qui en découlent peuvent être inquiétants. Découvrir que l’on est dépendant affectif, ou que notre partenaire l’est, apporte son lot de questions et d’inquiétudes. Certains se demanderont « est-ce une maladie ? », « vais-je m’en sortir? ». Rassurez-vous, il n’y a rien de pathologique à vouloir aimer et être aimé.

L’attachement est essentiel à la santé mentale et physique de chaque individu. Il est même prouvé qu’une personne qui aime et se sent aimée vit plus longtemps et en meilleure santé. Les manques affectifs dans l’enfance préparent le terrain à la dépendance chez l’adulte. Ces manques se manifesteront par un trop grand besoin d’attention, d’être regardé,  d’être écouté et touché. Il est d’ailleurs largement démontré que le fait de priver un individu de tout contact humain est l’une des pires punitions qui soient. Sans amour, on tend à déprimer, à s’isoler, à dépérir… On peut même se laisser mourir par manque d’amour !


 

La dépendance affective, thématique vaste et sensible, fait résonance chez beaucoup d’entre nous : homme ou femme, enfant ou adulte, nourrisson ou vieillard. Cette particularité de toucher et de traverser le genre humain – quelles que soient les différences de sexe, d’âge ou de peau – lui confère un caractère d’universalité. Au fond, rien de bien surprenant puisqu’il y est simplement question du cœur et de l’amour, c’est-à-dire de ce qui constitue, nourrit et anime notre humanité. En ce sens, parler de dépendance affective s’inscrit dans un processus naturel. Le petit humain a tout autant besoin du lait que de la sollicitude maternelle, puis de la reconnaissance paternelle pour son bon développement. Plus tard, devenu adulte, aimer et être aimé demeureront une nourriture vitale au développement de sa vie intérieure ainsi que de sa relation aux autres et au monde. Dans le langage courant nous parlons de « besoin d’affection » ou de « besoins affectifs », pour traduire cette dimension nécessaire à l’existence. Cela signifie-t-il que nous ne pouvons pas vivre sans amour alors même que beaucoup souffrent de carences affectives parfois graves ? Si le défaut d’amour ne nous conduit pas physiologiquement droit à la mort, il porte incontestablement atteinte à la dynamique vivante qui habite et anime l’être humain, son souffle, sa psyché, son cœur, son âme et jusque dans les confins de son corps. Comme la sous-alimentation cause des carences préjudiciables à la santé de notre corps, le manque d’affection engendre lui aussi des effets carentiels sur notre être. Considérer l’amour dans sa fonction vivante et humanisante, c’est identifier et reconnaître l’existence indubitable et naturelle de notre état de dépendance y compris dans sa réalité positive. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la dépendance, mais il me paraissait néanmoins utile d’opérer ce recadrage avant d’analyser l’autre versant de la dépendance – tel que nous l’entendons dans l’acception courante – celui de la soumission et de l’assujettissement. De ce point de vue, nous ne nous situons plus dans une dynamique vivante de la relation mais dans un rapport douloureux à l’autre qui dessèche, vide, annihile et déshumanise. Qui d’entre nous, dans sa vie personnelle ou dans son entourage proche, professionnel ou autre, n’a pas connu certaines manifestations de cette souffrance ?