VIOLENCES CONJUGALES ET FAMILLE Loiret 45 Violences conjugales et harcèlement moral Loiret 45 MALGRÉ DES AVANCÉES incontestables, la violence conjugale, quelle que soit la forme qu’elle emprunte, reste toujours insuffisamment dénoncée. La prise ne compte ne s’en est faite en France que dans les années 1970 sous la pression de militantes féministes. Jusqu’alors on hésitait à intervenir sous prétexte qu’il s’agissait d’une histoire privée. L’ampleur de ce phénomène n’a été vraiment révélée qu’en 2000, par l’enquête nationale sur les violences faites aux femmes en France (Enveff) qui montrait qu’une femme sur dix vivant en couple avait subi des violences conjugales dans les 12 mois précédant l’entretien. C’est en 2006 qu’une loi a tenté de mieux prendre en compte le caractère spécifique des violences conjugales, définissant la circonstance aggravante lorsque l’infraction est commise par le conjoint ou le concubin. Il a fallu attendre 2010 pour que la politique de lutte contre les violences faites aux femmes soit décrétée « grande cause nationale ». Pourtant ces mesures législatives et ces campagnes de sensibilisation ne se sont pas traduites par une diminution significative du chiffre des violences intrafamiliales. Selon une récente enquête de l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP), chaque année 216 000 femmes déclarent subir des violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint, mais seulement une femme sur six victimes de ces violences déclare avoir porté plainte. Les violences contre les femmes ont été définies dans le cadre de la Convention européenne dite d’Istanbul ratifiée par la France le 4 juillet 2014. Selon ce texte, la violence à l’égard des femmes doit être comprise « comme une violation des droits de l’homme et une forme de discrimination à l’égard des femmes, et désigne tous les actes de violence fondés sur le genre qui entraînent, ou sont susceptibles d’entraîner pour les femmes, des dommages ou souffrances de nature physique, sexuelle, psychologique ou économique, y compris menace de se livrer à de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou privée ». S’agissant plus spécifiquement des violences familiales ou au sein du foyer, dites « violence domestique », la convention reconnaît qu’elles affectent « les femmes de manière disproportionnée et que les hommes peuvent également en être victimes ». Enfin il ne faut pas oublier que « les enfants sont aussi des victimes de la violence domestique, y compris en tant que témoins de violences au sein de la famille. » La violence conjugale se manifeste sous des formes très diverses, physique, verbale, psychologique. Malheureusement, trop souvent on ne voit du phénomène que sa partie visible, à savoir l’agression physique, or tout commence bien avant les bousculades et les coups. Il y a, au départ, des humiliations, des intimidations, de la dévalorisation, du chantage affectif et de l’isolement, qui préparent le terrain, et installent une emprise destinée à dévaloriser la victime, à la priver de toute autonomie et à la convaincre de ses incapacités. Cependant la plupart des enquêtes ne chiffrent que les violences les plus graves laissant de côté la violence psychologique et l’emprise. Or il est impossible de faire une distinction entre violence psychologique et violence physique car, quand un homme tape sa femme, son intention n’est pas de lui mettre un oeil au beurre noir, mais de lui montrer que c’est lui qui commande et qu’elle n’a qu’à bien se tenir.